Les juifs, les damnés de l’enfer

Publié le 10 août 2025 à 17:06

Ou, pourquoi dois-je vivre la peur ?

 

« On ne m'ôtera pas de l'idée que pendant la dernière guerre mondiale de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l'égard du régime nazi. »

Ce mot d’esprit, un witz en yiddish ou en allemand, de Desproges me trotte dans la tête.

On est tenté de dire : pourquoi tant de haine envers les gens du Hamas, qu’ont-ils fait aux Israéliens ?

Depuis le 7 octobre, je ne me sens plus pareil, j’ai peur, terriblement peur. Pourtant je n’ai pas de raison de craindre pour moi-même, je vis à l’année à Deauville depuis neuf ans avec ma jolie compagne et son Miki le chien, une star dans Deauville - le chien pas ma compagne. Pourtant il a un nez bien droit, rien de tordu dans la forme de son tarin, c’est un whippet (lévrier anglais). C’est un havre de paix, nous sommes trois mille cinq cents habitants, fiscalement parlant, et un milliard trois-quarts pendant les week-ends et les vacances scolaires. Bien sûr l’été et les premiers longs week-ends, les banlieusards viennent respirer l’air youdé[1] de la côte normande. Parfois nous sommes un peu conspués, en tant que juif, par certains « propalestiniens »[2] n’aimant pas l’allure méprisante et offensante d’un juif qui pourrait bien être un sale sioniste. Deauville est une ville emblématique de la communauté juive de France depuis un peu plus d’un siècle. Les juifs de tous poils, ashkénazes et séfarades, ont toujours beaucoup aimé cette petite ville du bord de mer. Il y a eu plusieurs époques. Avant-guerre, les juifs ashkénazes, surtout les juifs « Israélites », nom donné aux « biens intégrés », y achetaient des propriétés, comme les Rothschild et André Citroën. Après la guerre, ce sont les juifs polonais ou roumains qui « ont pris Dassault » les belles demeures de la sainte ville.  Et dans les années 1980/90, la vague - sans jeu de mot- séfarade du Sentier. Et puis doucement, tout doucement, nous avons glissé vers une vague de juifs dit « religieux », je dirais « très observants ». Et nous sommes carrément, dans le « pic » de la vague actuellement (à Deauville, une vague de vingt centimètres, c’est un tsunami). Durant les grandes fêtes juives de l’année, les juifs très observants viennent transformer Deauville en une petite Jérusalem, mais avec l’odeur agréable des plateaux de fruits de mer (vade retro satana) et des manteaux de vison sur les planches en plein été. Nous nous sentons en sécurité. Le maire fait tout ce qu’il faut faire pour que les deux synagogues de la ville soient bien protégées. C’est un univers à part.

Mais revenons à ma peur. J’ai été longtemps libraire rue des Rosiers à Paris, co-fondateur de la fameuse librairie Bibliophane, à partir de 1983, juste après l’attentat au restaurant Goldenberg. Douze ans dans ce quartier à vivre au quotidien un judaïsme pleinement assumé. Douze ans à vivre dans le quartier juif, sans avoir une seule fois peur d’être dans un quartier juif. Pourtant nous avons aussi subi quelques descentes de jeunes banlieusards. On ne se souvient plus que toutes les haines contre les juifs depuis les années 85/90 étaient en lien avec Israël. Détester les juifs uniquement parce qu’ils sont juifs n’est plus d’actualité depuis ces années-là. Carpentras, les déclarations antisémites de J.M. Lepen, les petits fachos du Front National et assimilés, les falsificateurs de l’Histoire comme Faurisson et bien d’autres… ne sont plus vraiment à la mode. Si l’on veut détester les juifs il faut être avant tout antisioniste. Il faut dire qu’Israël est un pays qui pratique l’apartheid et qu’il massacre des enfants de Gaza - comme pour l’accusation de meurtres rituels, les juifs prenaient du sang d’enfant non-juif pour fabriquer la « matsa » le pain azyme que l’on consomme à la fête de Pâque, et ce depuis l’antiquité. Rumeurs et accusations qui ont traversé l’histoire et les nations. Le premier étant Apion, écrivain hellénisé vivant à Alexandrie au premier siècle de notre ère.

Effectivement je n’avais pas peur, je n’ai jamais vraiment eu peur, sans doute pensais-je que Superman, héros créé par deux « petits juifs » de Brooklyn dans les années 30, existait vraiment et qu’il allait venir me protéger, avec son châle de prière rouge (talith, la cape pour les lecteurs de bande-dessinée)… Les non-juifs croient bien au Père Noël !!!!

Nous avions les gens de gauche pour prendre un peu notre défense, ils descendaient dans la rue et manifestaient contre l’antisémitisme et le racisme (ne jamais dissocier les deux lorsque vous parlez d’antisémitisme, au risque de vous faire traiter de raciste, même lorsqu’il n’y a pas d’arabes ou de noirs agressés, mais seulement un juif, dite : bla, bla, bla… antisémitisme et racisme… bla, bla, bla). Mais nous n’avons plus les « gens de gauche ». Il y a les complaisants : les socialistes et les centres-droits. Il y a les militants antisionistes et antisémites : les LFI (stes), les écolos, les communistes, les ultragauches, et les connards, pardon, ces derniers sont un peu partout, même chez les juifs de gauche et la femme rabbin qui soutient la cause toujours palestinienne, pour être plus humain que les humanistes. Et puis il y a, contre toute attente, les gens que l’on dit de « l’extrême droite » et les « gens » de droite. Vive la remise en question ! Bien que pour les gens de droite, depuis un certain nombre d’années, ils ont été souvent pour beaucoup dans le soutien d’Israël et des juifs de France et de Navarre (Je ne sais pas où est « Navarre », et y a-t-il des juifs à Navarre ?).

 

Que vous ont-ils fait ces juifs ? Pourquoi tant de haine ? Pourquoi ne pas verser votre haine, apparemment salvatrice (je préfère salvateur) pour les haineux, sur le peuple Navajo, ils ont quand même scalpé des cul-blanc venus du vieux continent. Et puis le commissaire Navarro était joué par un juif de gauche et même à tendance communiste.

Non je ne comprends pas cette haine contre les juifs et Israël. Non je ne comprends pas pourquoi dois-je avoir peur dans mon pays que j’aime tant. Dans ce pays qui m’a donné le Certificat d’étude, le CAP de tourneur-fraiseur et le jambon/beurre.

Non je me refuse de craindre pour ceux qui souffrent de vivre entourés de gens haineux. Qui pour justifier leur haine des juifs vont se lancer dans un combat absurde : celui de la cause palestinienne. Elle a bon dos !

Je sais que mes paroles ont été mille fois revendiquées et prononcées par tant de gens bouleversés par cette injustice.

Oui, nous juif nous nous devons d’être solidaire avec Israël, c’est un devoir. Tout comme nous devons être solidaire avec ces pauvres cul-blanc d’Amérique scalpés par les Navajos. Un juif peut avoir plusieurs causes à défendre : Israël, les Ukrainiens (c’est un comble avec ce qu’ils ont fait juifs avant, pendant et après la guerre… mais bon), les Corses, les moustiques qui ne sont pas tigre… Avant la création d’Israël, nous pouvions tout aussi bien vivre dans une contrée de la terre qui soit, soit hostile aux juifs, soit favorable aux juifs comme le Maroc ou la Lune. Dans les deux cas nous vivions dans la peur, la peur des pogroms, la peur du génocide, la peur du vol à l’étalage… La peur que vienne la fin de la paix dans une terre d’accueil.

Et puis il y eut Israël, les juifs de tous les pays, ceux qui considèrent qu’être juif ne veut pas dire faire son alya (intégration à la nation juive ancestrale) ne vivaient plus vraiment dans la peur. Israël est le « parapluie » de la nation juive en terre Sainte et des juifs de diaspora. Nous pouvons être fier d’être français, fier de faire partie d’une nation qui représente tant de choses, et tout autant défendre comme tant d’autres causes, celle d’Israël. Nous pouvons aussi critiquer la politique israélienne, mais en chuchotant, Israël a assez d’ennemis dans le monde pour avoir en plus un Cohen ou un Rosenfeld qui vient sur les plateaux télé dire à quel point il déteste Netanyahu, tout ça pour briller.

Je me demande pourquoi je dois avoir peur pour les miens, pour ceux que j’aime au-delà de Deauville.

Je me demande pourquoi je dois avoir peur en tant que Français, de gens haineux qui pour la plupart ne savent même pas où se trouve la terre où vivent les arabes que l’on appelle à tort les « Palestiniens ». Même Arafat disait que les Palestiniens, ça n’existe pas, c’est la création de l’État d’Israël qui a engendré, à leur insu, le peuple palestinien.

Je me demande pourquoi je dois avoir peur en tant que juif. Qu’ai-je donc fait pour être détesté ? Vous aurais-je dépouillé de ce que vous ne possédez pas, et qui ne justifie pas un engagement détestable, teinté de mauvais sentiments ? Vous aurais-je forcé à manger casher ? Vous aurais-je empêché d’aller conter fleurette aux barbares du Hamas ? Vous aurais-je forcé à lire Marc Lévy ou pire encore, vous obliger à écouter les chansons écrites par ex-belle-mère ?  

Je me demande ce que les juifs vous ont fait ?

Mais je ne peux pas finir sans une blague juive, un mot d’esprit comme nous savons si bien les mijoter :

« On demande à un nouvel immigrant français qui a fait son alya s’il est heureux de vivre en Israël :
 ‘‘Mais certainement, je suis même très heureux. J’ai enfin trouvé ma véritable identité. En France on me traitait de sale juif. Ici, on me traite de sale français.’’ ».

Gilbert Werndorfer

 

[1] Youdé : un youd en allemand c’est un juif, mais en yiddish c’est un yid…

[2] Propalestiniens et non pro-palestiniens, c’est fou le correcteur de Word a corrigé ! Ils sont maintenant dans le dictionnaire de Word ces shmok de propalestiniens : il faut que je demande à Microsoft de mettre « shmok » dans le dictionnaire Word.